Le Silence du doux agneau

Anthony Hopkins

Les Monstres n’existent pas que dans les salles de Cinéma.
L’Histoire regorge de meurtriers non pudiques, psychopathes sanguinaires, stratèges immoraux provoquant des massacres de masse durant des guerres puniques, ou perpétrant des crimes en série.

Le monde de l’entreprise ne déroge pas à la règle.
Peu importe l’endroit, son univers peut y être tout aussi impitoyable.
Aucune raison d’ailleurs ne peut démontrer qu’elle bénéficie d’un statut particulier, la dédouanant des règles sociales régissant, en l’état, les rapports entre êtres humains.
Même si, dans le cas présent, les individus évoqués n’ont plus grand chose à voir avec l’Humanité.

De dangereux cannibales y sont donc tout autant représentés qu’à l’extérieur, se repaissant sans vergogne à toutes heures de la journée.

La chasse au gibier de potence commence dès le matin, au déjeuner, entre un café et deux croissants/chouquettes, et se poursuit au dîner, livré dans des cartons, obscurcissant la prise de décisions requise, ou à la table d’un restaurant au tarif, dont la note salée finale est payée via une autre carte, de crédit cette fois, de préférence au nom de la boîte.

La traque est encore plus intense quand il s’agit de se pavaner en Afterwork, la coupe de Champagne à la main, les petits fours engloutis furtivement, jouant de blagues plus que moyennes et forçant l’intimité des aveux.

Le cynisme atteint son paroxysme lors de cérémonies de départ anticipé, quoique secrètement désiré.
Où l’on remercie chaudement le fuyard conscient de ne plus avoir à participer à cette comédie inconsciente, et qui évite ainsi la seule véritable chaleur recevable, celle de son dernier souffle étouffé par la main du scélérat, lorsque son sang finit par gicler abondamment de sa carotide tranchée à vif.

Des nuances sont toutefois à apporter, il est rarissime durant ces divers banquets d’y déguster un « foie avec des fèves au beurre et un excellent Chianti ».

Un serial kill… harceleur agit toujours à la vue de toutes et tous, en évitant d’attendre debout, passif, sans exprimer la moindre expression ni remords, qu’une inspectrice vienne solliciter ses conseils sur une chaise disposée devant la cellule de son bureau.
D’ailleurs, si, par malheur, le cas vient à se présenter, via la présence indiscrète d’une observatrice extérieure, ces instants deviennent soudainement d’une conviviale fragrance aussi insoupçonnée qu’artificielle.

Cependant, il aime réellement contempler autrui derrière une vitre.
Et c’est avant tout pour s’assurer que ses futurs repas obéissent, au doigt et à l’œil, à ses injonctions, de préférence contradictoires.
Tout et son contraire sont la base de stratégies manipulatrices.
Diviser pour mieux régner.
Machiavel, sort de ce corps !

Dans sa secte macabre, il veille à s’entourer de disciples dociles, qu’il façonne à sa guise oralement, car point de manuel ne doit décrire ses sombres principes.
Un tueur en série ne pouvant s’empêcher de mettre en scène ses atrocités, le spectacle étant sa raison d’être, d’exister en public, il ne peut réprimer l’envie de se venter implicitement de ses actes de manière récurrente.
Une chrysalide dorée du papillon au masque de mort, placée dans la bouche, est la garantie de silence imposée à ses cruels agneaux.

L’utilisation de l’outil informatique n’est alors qu’un moyen distant d’assoir son emprise.
Il déteste, par dessus tout, les Malotrus de tout bord osant s’ériger contre son autorité à l’ego démesuré, mais dans la réaliste si fragile.

Jusqu’au jour où un homme maintenu en isolement, stoïque et d’apparence si docile, finit par démasquer l’immonde supercherie.

Ce dernier semblait pourtant convenablement enfermé dans son aquarium, sous bonne garde de vigiles assermentés, vidé de toute substance à la vision de son agenda régulièrement scruté, ainsi que des déclarations de son temps de travail volontairement floutées.
De la nourriture frugale envoyée au fond du puit avait eu pour but d’étirer sa peau en vue de l’écorcher, le moment venu, lorsqu’une faiblesse personnelle finirait par lui faire perdre raison.

Il avait l’air si paniqué dans le noir, observé attentivement sous lunette infrarouge.

Ce qu’ignoraient ces pervers, c’est que la main de Dieu visible le plus souvent, avait pour seule fonction de distraire les regards des actions menées par celle du Diable.

Cette dernière prenait Notes, rédigeait des brouillons indépendamment des courriels de signalement envoyés en rapport, flashait les agresseurs en appuyant sur le déclencheur du Polaroid, raccourci de clavier immortalisant l’instant où les armes des crimes étaient dégainées de leurs fourreaux.

Plus important encore, toutes ces preuves patiemment et savamment accumulées, disposées sur un immense tableau, gigantesque échiquier au nombre de cases à plus de deux chiffres, permettaient de relier entre eux les éléments des différentes scènes de crimes à l’aide des fils rouges fixés par des pointes ou trombones.

Les portraits robots des fautifs se dessinaient au fur et à mesure, révélant un à un parmi la liste des suspects, l’identité des véritables coupables.

Si bien que, quand l’éclair de Lumière fit renaître le grand jour, la bave écumait leurs visages haineux.
Toutes et tous se trahirent mutuellement dans une furia furieusement agressive de cris rageants et joutes d’armes blanches aux plumes ensanglantées.

La monstruosité de l’ensemble ne faisant aucun doute, la boîte de Pandore ouverte, jouer les Cassandre n’eut plus aucun intérêt.

Ce qui devait arriver, arriva.

La Loi, seule gage de respect et barrière infranchissable contre la barbarie, s’appliqua froidement.

☑️ Références :

  • Cinématographique

👉🏽  Le Silence des agneaux

👉🏽 Lien vers une page YouTube Scène complète du film

  • Littéraire

👉🏽 Antony Hopkins – On s’en est pas trop mal sorti, petit – Mémoires

🎼🎵 🎶 Lien vers une page YouTube The Silence of the Lambs – Soundtrack

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