Apocalypse Job

Apocalypse Job

Adaptation libre de l’œuvre cinématographique de Francis Ford Coppola datée de 1979, Apocalypse Now.

À lire de préférence avec en fond sonore la bande originale du film.

🎼🎵🎶 Lien vers une page YouTube Apocalypse Now Opening – The Doors – The End

Journal de bord du capitaine Willard
  • Jour 2

Le commandant Philipps m’a convaincu de m’enrôler volontairement dans cette mission.
Le poste semble intéressant.
Le premier déplacement d’hier était très positif.
À mon arrivée au QG, Johnson m’a bien briefée sur la discipline à suivre au sein du régiment.

Pourtant, en ce deuxième jour, je sens que j’ai mis les pieds dans quelque chose d’étrange.
Les locaux de ma section de rattachement sont vide.
Personne pour m’accueillir.
Pas une âme qui vive à l’horizon dans ce bâtiment en équerre.
Le chauffage est défaillant.
Aucune idée de qui contacter pour effectuer les réparations.
Rien ne s’anime sur le logiciel de discussion interne.
Aucune étoile visible à travers le feuillage.

Le point en visio de fin de journée, programmé avec Philipps, se fait en manteau polaire.

Je n’ose croire que l’entreprise soit à ce point en faute.
Si tôt ?

Clés et passe m’ont été donnés en avance, visiblement à la va-vite, ainsi que mon ordinateur de fonction.
Le lieutenant Kilgore me l’a remis furtivement en main propre, la veille, quand Johnson me faisait faire le tour de la zone 51.
Il est neuf mais déjà cabossé.
Sans être responsable de quoi que ce soit, je vais déjà devoir justifier le caractère défectueux de mon matériel.

  • Jour 4

Hicks, ma future coéquipière désignée, prend l’initiative du premier contact.
Toujours par grand froid, elle apporte rapidement un peu de chaleur et un grand sourire.

Quel dynamisme !
Surprenante et attachante pour une bleue envoyée au front.
L’envie de la côtoyer en dehors des écrans, dans le but de faire avancer nos projets communs, va de soi.

Au sein de la section, Miller a fait son apparition.
Il est sympa et m’apporte de très bons conseils et explications.
Tout comme Colby, drôle et bien intentionnée, elle partage mon bureau … et son ressenti sur sa belle-mère.

Cependant, toujours aucun haut gradé responsable de services en vue.
Y compris pour celui des humains.

Philipps applique consciencieusement les consignes.
Depuis le début, chaque soir, il continue de me fournir, au fur et à mesure et logiquement, tous les détails ayant rapport avec mes objectifs.
Un accompagnement sage, dans le respect le plus strict d’un nouvel arrivant.

  • Semaine 3

Enfin de l’action dans la glacière qui nous sert de bureaux.

Une réunion QVT en présence de plusieurs autres collègues que je découvre avec plaisir, sous le regard bienveillant d’une psychologue du travail.

Dans ce type de circonstances, à chaque fois, le but recherché reste de libérer la parole des participants.
Dans le cas présent, cela se fait à l’aide d’étiquettes symbolisant des émojis.

Pourquoi ma présence est-elle requise ?
Avec si peu de recul, comment puis-je me faire une opinion pertinente ?
Durant ce passage au confessionnal collectif, des noms et des tendances reflétant certains comportements sont évoqués.
Difficile cependant d’y dégager le vrai du faux.

Les formulaires d’enrôlement dans la division armée, que les RH demandent de remplir après quelques jours, étaient aussi vide d’intérêt.
Peut-être est-ce dans le but de rassurer la hiérarchie sur le fait que tout va bien.

Aurais-je du y évoquer mes débuts glaciaux ?
Évitons de se faire refroidir inutilement.

De toute façon, j’en ai parlé au général Corman de la division RH.
Elle m’a confirmée oralement qu’il s’agissait d’un loupé.
Je pense que la direction est un minimum sérieuse, qu’elle tient compte de ses erreurs.

Étrange mon déplacement au régiment d’infanterie 54 où est rattachée Hicks.
Maintenant que je suis physiquement devant elle, son regard est vitreux, parfois perdu.
Ses mains tremblent frénétiquement.
Il se dégage d’elle une tension palpable dont je ne m’explique pas l’origine.
Elle navigue entre les excès d’enthousiasme et les critiques déconvenues.

Je fais connaissance avec le colonel Kurtz.

Pourquoi me prend-il à l’écart dans cette salle de réunion devenue soudainement vide après le départ express des autres conviés ?
Pourquoi me fait-il des confidences sur tous les membres de la garnison ?
Comment peut-il affirmer qu’une telle personne ne comprend rien à rien ?
J’ai à peine eu le temps d’échanger avec son pendant hiérarchique, et je ne peux pas dire, comme il prétend, que ce n’est qu’un commercial.

Et voilà qu’il m’explique que Hicks est une poly-traumatisée du champ de bataille.

Qu’est-ce qui lui fait croire que nous avons eu une si mauvaise première impression ?
Est-il au courant de nos précédents échanges en distanciel ?
En particulier de son accroche formidable, le 4ème jour.

Bref, mon 6ème sens va devoir se mettre en veille.

  • Mois 2

Hicks est de plus en plus désemparée.
Philipps en a également la charge, mais plus rien ne semble aller convenablement.
Corman et le comité ont décidé de le décharger de ses fonctions.
Il ne s’occupera plus ni d’elle ni de moi.
Mince ! C’était pourtant lui qui m’avait recruté.

Et nous n’avons jamais pu véritablement travailler convenablement ensemble, Hicks et moi.
À chaque occasion, une excuse, venue de je ne sais où, faisait son apparition.

Kilgore est promu, et prend la suite de Philipps.
Il a pour consigne de s’employer à veiller à ce que les ordres soient respectés.
Du coup, je n’ai plus du tout de retour sur les attendus de ma mission principale.
Plus de mise en contact avec des interlocuteurs connus et référencés, comme c’était le cas avec Philipps.
Visiblement, cela convient à tout le monde que je sois en solitaire à la barre sur des sujets très stratégiques et sensibles.

  • Mois 4

Hicks doit être remplacée.
Sous anxiolytique, elle cumule les arrêts de travail.

Un mercenaire russe, le soldat Popof, est recruté en urgence.
Colby est éjectée sans sommation de mon bureau avec toutes ses affaires pour faire place nette.

Avec la franchise d’un dirigeant soviétique durant la guerre froide, Popof s’applique à semer la zizanie dans toute la garnison.
Il n’hésite pas à envoyer au goulag toutes les bonnes intentions des membres du régiment, spécialement celles de Hicks.
Comme il promet monts et merveilles, tout l’establishment est à ses bottes.
Même si dans les faits, il est incapable d’être autonome dans ses démarches, de mettre ne serait-ce qu’un pied devant l’autre sans trébucher lourdement dans ces comptes-rendus ou consignes, martyrisant au passage le sens et la forme de ses propos tapés au clavier.

Le vent, à partir du moment où il souffle dans le sens désiré, semble très apprécié en interne …
Peu importe finalement si celui-ci envoie, selon mon expérience passée, inévitablement le navire vers les récifs les plus dangereux.

  • Mois 5

Depuis le quartier général, il a été décrété que Hicks doit être purement et simplement éliminée.
Elle est trop encombrante.
Plus encore à cause de son importante cote de popularité, son franc parlé loué par beaucoup, et son implication certaine dans de nombreux projets.

Corman est mise au fait de sa dépendance médicamenteuse.

Je constate aussi, qu’il ne faut surtout pas que l’on apprenne que Hicks a permis l’amélioration nette du projet phare de par ses initiatives courageuses et audacieuses.

La réputation de la Kommandantur est en jeu.
Il est hors de question que le mérite en revienne à une bleusaille.

À coup d’éléments de langage, d’organisation habile de séminaires d’entreprise aussi débiles qu’inutiles, et profitant des vacances estivales, l’affaire est réglée en toute discrétion par l’intermédiaire d’avocats.

  • Mois 8

J’ai eu beau devoir me débrouiller seul, réussir à négocier avec succès l’importance stratégique des moyens de communication en lien avec le centre de commandement de l’armée fédérale, et au passage gagné de belles avancées sur le front commun, Kilgore ne supporte aucune contradiction.

Mes réserves écrites durant les points intermédiaires de fixation des objectifs sont vaines.
Je dois suivre l’exemple de Popof et absolument marcher dans ces pas.
Il sacque mes indices à la manière d’un sergent mal dégrossi sorti tout droit de Full Metal Jacket.

À partir de maintenant, je dois conserver précieusement un maximum de traces écrites, le tout orné évidement de signatures.
En particulier tout ce qui se rapporte à des échanges hiérarchiques avec Kurtz, par courriels ou autres traces.

Il est vital de maintenir une chronologie précise et détaillée de tout événement.
Je dois prendre sur le fait, sans équivoque, toutes déclarations d’intensions.
Mettre en évidence toutes injonctions contradictoires, tout mouvement suspect …

Corman reste passive.
Les bruits de couloir sous-entendent qu’elle n’est au courant de rien.
Comment est-ce possible ?

Il y a forcément des informations et liens de causes à effets que j’ignore.
Qui est au courant de quoi ?

Popof n’a pas droit au même traitement de faveur que Hicks.
Il bénéficie d’une très avantageuse rupture conventionnelle.
Après tout, ses pratiques douteuses correspondent plus à l’état d’esprit visiblement recherché.

Hicks n’arrêtait pas de répéter qu’elle se sentait observée.
Et pas seulement elle.
Des rumeurs ?
Et si c’était vrai.
Le plus important reste de ne jamais accuser sans preuves.

  • Année 0

Ainsi débute ma navigation infernale sur les différents cours d’eau des enfers.
Elle sera tumultueuse tout au long du haineux fleuve Styx.
Je devrai veiller à ne pas m’embourber dans le vaste marais sans vent, au relent d’odeurs nauséabondes et d’idées aussi putrides que malveillantes.
Je vais devoir supporter les idées les plus lamentables au Cocyte, résister aux tentatives de noyade dans l’oubli du Léthé, et observer le défilé des âmes en peine de l’Achéron.
Le tout finira inévitablement pas s’enflammer au Phlégéthon.

Quand ?

J’ai suivi une formation intensive dans les commandos de guerre terrestre.
Passons de la théorie à la pratique.

Bien plus de deux pièces seront nécessaires pour satisfaire Charon, le passeur de l’embarcation qui mènera tous ces démons à destination, vers leurs geôles finales respectives.

 

  • Note de l’auteur
    Le mot « apocalypse » signifie en grec ancien « dévoilement », religieusement « révélation ».
    Les siècles d’obscurantisme, qui suivirent la fin de l’essor de la civilisation grecque, détournèrent sa signification première pour en faire un synonyme de « destruction » en lien avec la fin du monde.
    Les lecteurs de cet article comprendront très bien la définition retenue.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

SOSi Site conçu par Patrick Millan