Quantifier le bonheur, mais à quel prix ?

La mode en entreprise est à la Qualité de Vie et des Conditions de Travail – QVCT.

Sonder le bien-être des employées et employés est loin d’être inutile.
Si tant est évidemment que chacune et chacun se sente libre d’exprimer son opinion.
Malheureusement, lorsque les questions posées y sont maladroitement orientées, avec une interprétation des réponses à géométrie variable, et une non-prise en compte des réponses jugées arbitrairement extrêmes, l’intention de passer sous silence les dysfonctionnements est évidente.
La subjectivité prend alors le dessus sur l’objectivité.
Limiter les vagues devient la priorité de tous commanditaires de cette étude.

Mais quand la volonté d’amélioration continue est réellement inscrite dans la politique managériale, et qu’effectivement un ensemble de problèmes y est révélé, les solutions restent envisageables.

Pouvoir allouer un budget au traitement des problèmes est utile, mais le poste de dépenses peut rapidement devenir conséquent.

Si l’entreprise en a les moyens, pourquoi s’en priverait-elle ?

Parmi les solutions les plus souvent retenues, nous avons :

  • Les séminaires ou « Team Building »

    Ils peuvent être bénéfiques bien que leurs limites soient connues :

    • En provoquant de la gêne et de l’embarras chez les salariés à personnalité introvertie.
    • En générant des chocs d’égos ou de personnalités extraverties lorsque des employés et employées aux traits de caractère contradictoires sont amenés à travailler ensemble durant des ateliers communs.
    • Via la non-implication de certains et certaines se sentant obligés de participer avec l’impression de perdre leur temps.
    • En renforçant les sentiments de lassitude et l’abandon, lorsque les activités ou animations prévues et choisies ne cadrent pas avec ses valeurs.
    • Avec une amélioration des résultats de courte durée, lorsque les problématiques de fond sont sciemment ignorées.
    • Sans efficacité, si les objectifs du séminaire ne sont pas clairement prédéfinis en tenant compte des avis et propositions des futurs participants, et en ignorant les premiers rapports de la QVCT, le cercle pouvant rapidement devenir vicieux.
  • Les séances dites de « Coaching »

    Elles ont aussi des effets indésirables :

    • Elles dépendent de l’expérience et du « charisme » de l’intervenant et/ou de l’intervenante.
    • Elles ont tendance à déborder sur l’aspect personnel de tout un chacun, rendant fines les limites entre la vie privée et la vie professionnelle. Ces pratiques sont définitivement à proscrire en entreprise.
      D’ailleurs, tout bon psychologue se respectant doit avoir suivi une psychanalyse selon le principe du « Connais-toi toi-même et agit en conséquence. ». Si bien que les intervenants ou intervenantes ont tendance à confondre les genres. Un travail sur soi efficace s’étend sur de nombreuses années afin de dissiper durablement tous profonds mal-êtres. Il doit donc être pris en charge par des professionnels aguerris aux seins de structures/réseaux spécialisés adaptés.
    • Les intervenants sont soumis à résultat. Contractualisés, ils devront rendre des comptes et leurs travaux s’en trouveront forcément orientés.
    • L’éthique de ces interventions peut être de fait biaisée. Il est sage de toujours se poser la question des motivations réelles évoquées avant d’être conviés à ces exercices.

Si les financements des actions visant à améliorer le bien-être sont limitées et/ou sur fonds publics, des actions plus simples peuvent être facilement mises en place :

  • La promotion des Comptes personnels de Formation prévus à cet effet pour tous salariés peut faire l’objet de rappels.
  • L’organisation d’activités sociales hors bureau est louée de toutes et tous.
    Dans certains domaines liés à l’Action Sociale à la Santé, l’accompagnement de personnes âgées, handicapées et/ou à mobilité réduite lors d’activités ludiques, ou simplement dans le cadre d’organisation de formations ou réunions, aboutissent toujours à des moments d’échanges sans pareil.
  • La promotion d’activité quotidienne mettant en avant les travaux personnels sans obligation de résultats extraordinaires réduit les effets de cloisonnement.
  • La mise en place d’échanges entre services dans le but que tout à chacun puisse se faire une idée du travail d’autrui y contribue également et met toujours en évidence l’importance de tâches souvent jugés injustement.
    « Vivons leur vie ! »

« Si nous n’avons pas de pétrole, nous avons des idées. »
Mais surtout, veillons à respecter les employés sans distinction dans leur intégrité morale.

Le travail des Ressources Humaines n’en est que plus important.
Au quotidien, elles doivent recueillir toutes les doléances et effectuer un suivi régulier, sans attendre une quelconque remontée ou un signalement hiérarchique.
Elles anticipent.
Trop souvent, lorsqu’un litige éclate au grand jour, la cause est due au fait que les RH n’ont pas été mises en lecture d’éléments importants mettant en cause un(e ou des) supérieur(e)s.
Dans ces conditions elles ont été craintes, d’où la mise à l’écart d’échanges pourtant sournois.
Le monde parfait n’existera jamais.
En cas de conflit, l’appel à des instances élues, en lien avec des collectifs indépendants aguerris, est inévitable.
Elles ont également cette capacité d’assainir un contexte pesant.
À tord décriées, leur développement est encouragé, veillant ainsi à l’équité de traitement des salariés.

Le Code du Travail atteste cette légitimité.

Invoquer ce dernier n’est jamais une partie de plaisir.
Mais lorsque les faits et preuves liées sont indiscutables, et qu’un employé est injustement ciblé, tous les mauvais coups hiérarchiques sont tristement permis.

La Diversité culturelle est une chance

En ces temps difficiles où le repli sur soi, le rejet des différences, la stigmatisation systématique apparaît pour beaucoup comme la solution de facilité, nous devons prendre conscience que la diversité et le pluralisme culturels dans nos entreprises sont les seules solutions pouvant nous permettre de nous adapter aux changements et défis à venir et faire face sereinement à l’incertitude.

Cette diversité est à l’entreprise ce que la biodiversité est à l’environnement (au sens écologique).

Plus un écosystème est riche mais surtout diversifié en espèces, plus il a de chance de résister aux variations soudaines.
Cette réalité s’applique aussi bien en terme génétique (cf. les principes du darwinisme/néo-darwinisme), l’inné, qu’en terme de comportement, l’acquis.

Une soi-disant « tare » d’un jour peut s’avérer être une force le lendemain.

L’un des cas les plus connu est la Drépanocytose (anémie falciforme, maladie génétique héréditaire touchant les globules rouges).
En effet, les individus porteurs de ce gène s’avèrent être bien plus résistants au paludisme que la majorité de la population et se trouvent ainsi favorisés dans les régions où sévit ce fléau.

Retenons que le brassage est un avantage là où d’autres, dans le passé, n’ont finalement aboutis qu’à l’apparition d’individus véritablement stéréotypés, dégénérés et inadaptés en forçant la sélection.

Quoiqu’il en soit, avoir la chance de posséder un panel de personnalités d’origines, de croyances, de sensibilités différentes permet à l’entreprise de vivre en conservant l’esprit ouvert, de maintenir le dialogue, de confronter les points de vue, mais aussi et surtout de douter, de se remettre en question et ainsi de bien évoluer, d’aller de l’avant, créer, inventer ou réinventer des solutions simples comme complexes.

Il n’existe pas de petits profits lorsque nous sommes en difficulté.

La France est un magnifique pays situé au cœur de l’Europe, à la croisée des chemins.
Elle a toujours pu bénéficier des avantages apportés par différents mouvements de populations.
Si notre langue, reconnue comme l’une des plus riches au monde, nous permet d’exprimer autant d’idées et d’émotions, nous le devons à celles et ceux qui la maintiennent en vie.

Nous sommes le berceau des droits de l’Homme (femme et homme), modèle de tolérance.

De la nécessité du respect de la Démocratie en Entreprise

Alors que la devise de notre république « Liberté, Égalité, Fraternité » est en danger, menacée par des discours haineux, anxiogènes et stigmatisants, le principe même de la Démocratie semble être remis en question.

Dès lors, pourquoi doit-on permettre à l’ensemble des employés de pouvoir s’exprimer librement au sein d’une entreprise ?

Pour beaucoup, l’entreprise est un monde à part, existant en dehors de toute gouvernance étatique, voire de toutes Lois.
Cette vision réductrice est trop souvent à l’origine des plus graves dérives tyranniques et de leurs lots de destructions humaines.

Dans les structures appliquant cette politique managériale, les instances représentatives du personnel y sont trop souvent devenues des organisations fantoches, à l’avis purement consultatif, maintenues artificiellement isolées de toutes influences liées aux partenaires sociaux indépendants, aux collectifs veillant au réel respect des droits des travailleurs, autrement dit des Syndicats.
Le fait qu’une instance représentative puisse avoir un poids dans les décisions d’une entreprise y est passé sous silence.

Les organisations indépendantes sont finalement les seules garantes de cet esprit démocratique.
En ce sens, ses adhérents bénéficient de droits particuliers inscrits dans les textes de Loi.
Elles ont droit à des aménagements spécifiques, horaires et matériels, pour tout ce qui concerne la centralisation des doléances des employés, la diffusion de consignes et autres moyens de communications internes.
Tout engagement pour la cause constitue une liberté individuelle fondamentale.
Toute entrave à celle-ci est sanctionnée.

Par définition, leur organisation interne est démocratique.
Toute prise de décision s’y fait via l’utilisation d’une simple urne et de petits morceaux de papiers.
Principe efficace, rustique certes, mais tellement éprouvé et peu coûteux.
Les choix y sont libres et réfléchis, les débats contradictoires tolérés et encouragés, les temps de paroles égaux respectés.
Aucune décision n’est prise tant qu’elle n’est pas écrite, actée et signée.

Dans ces conditions, une instance de représentation responsable permet aux employés de donner sereinement leurs avis, de s’exprimer librement sur les sujets sensibles de leur quotidien, d’oser dire « non » sans crainte de représailles.
Bref, d’avoir leur chance de s’impliquer, de se motiver, de se sentir valoriser et de contribuer simplement à leur épanouissement personnel concernés par la vie de ce qui reste leur outil de travail.

Et puis, accorder le droit de paroles à toutes et tous n’est pas antinomique avec une organisation hiérarchique.
Le respect de ses supérieures et supérieurs ne correspond finalement qu’au respect des responsabilités.

Que de bénéfices, et pourtant.

Quand un ressenti d’impuissance dans les activités quotidiennes est maintenu par la force, il en vient mécaniquement à se généraliser dans la manifestation d’une insatisfaction ou d’une indifférence au moment des élections locales ou nationales propres aux pays démocratiques.

Voter est un devoir plus qu’un droit.
Il s’agit là d’un état d’esprit à entretenir et non à apprendre.

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